Les 13 et 20 octobre, ont eu lieu en Grèce les élections municipales
et celles servant à désigner l'équivalent grec des préfets. Pour la première
fois depuis la chute de la dictature des colonels en 1974 un courant d'extrême
droite émerge électoralement.
Deux ans avant les élections législatives, il s'agissait de voir,
dans un contexte de gouvernement social-libéral, si les manoeuvres de la droite
pour apparaître en état de gouverner seraient couronnées de succès, et si les
tentatives de dégager un pôle de la gauche alternative se traduisaient à
l'échelon local. Sur ces deux questions, les résultats apportent des éléments de
réponse, mais aussi des mauvaises surprises. Celles-ci sont en partie le fruit
d'un climat politique détestable, créé depuis l'arrestation cet été de suspects
considérés comme des membres de l'organisation terroriste 17 novembre,
responsable depuis plus de vingt ans d'une vingtaine d'assassinats prétendument
commis au nom de l'anti-impérialisme.
Si le Pasok (parti socialiste) recule
un peu, la droite n'est toujours pas en mesure de réclamer la tenue d'élections
législatives anticipées. Les listes de la gauche alternative, elles,
maintiennent leurs positions, dans un contexte difficile. Les alliances existant
ici ou là entre la droite et les réformistes ont contribué à la dépolitisation.
La plus mauvaise nouvelle de ces élections est la tentative de structuration
d'un courant d'extrême droite. Ceci au travers de la campagne du mouvement Laos
(peuple) - dont le leader Karatzaferis tient un discours aux relents clairs :
"Economiquement, je suis de droite, socialement, je suis de gauche,
nationalement, je suis grec" - et de celle du candidat présenté par la droite
officielle à Thessalonique, vainqueur au premier tour de la préfectorale. Ce
dernier considère ainsi les sept années d'obscurantisme de la junte des colonels
(1967-1974) comme "une révolution" et s'est réjoui de voir brûler en place
publique un livre considéré comme antichrétien par la mouvance traditionaliste.
Les mobilisations nationalistes de ces dernières années au sein desquelles se
mêlaient l'extrême droite, la droite, un courant réactionnaire lié au Pasok et
des militants du KKE (parti communiste) expliquent cet essai de
structuration.
Mais l'autre raison du phénomène, c'est le climat consécutif à
l'arrestation, pendant l'été, de suspects présentés comme membres d'une
mystérieuse organisation terroriste, née après la dictature et s'étant attribué
comme nom la date de l'action de résistance des étudiants de l'école
polytechnique écrasée par la dictature, le 17 novembre 1973.
Cette
organisation a pu agir presque 30 ans sans que ne soit arrêté un seul de ses
membres, jusqu'à cet été où la police antiterroriste a interpellé une vingtaine
de suspects. Parmi eux, des enfants de pope, un apiculteur, des employés, des
retraités, dont quelques-uns liés à la gauche extra-parlementaire. Cette couleur
politique a alors amené à un déchaînement effrayant de nombreux médias contre la
gauche en général et les trotskystes en particulier. Un véritable procès a été
mené chaque soir sur certaines chaînes de télévision par des journalistes
populistes. De leur côté, certains des suspects arrêtés multipliaient les
déclarations contre les autres, ainsi que des proclamations où l'indigence
politique le disputait au cynisme. Pendant trois mois, on n'a fait que discuter
du mouvement 17 novembre: cela ne peut que désorienter, laisser des
traces.
Dans ce contexte, il est urgent que le mouvement ouvrier repasse à
l'offensive en lançant des batailles unitaires sur des revendications qui
combattent la logique libérale et la collaboration de classes. Les mobilisations
qui se développent contre la guerre en Irak (grosses manifestations le 31
octobre), pour le Forum social européen, et la perspective de mobiliser pour
l'Europe sociale lors de la prochaine présidence grecque vont dans ce sens, le
véritable enjeu de notre époque : socialisme ou barbarie !
De Grèce, Andreas Sartzekis.
Rouge 1991 07/11/2002