Conférence de la Gauche Anticapitaliste Européenne

Bruxelles, les 12 et 13 décembre 2001

 

 

Déclaration

 

1.Pour la troisième fois en dix ans, l'impérialisme est parti en guerre. Après la guerre (du pétrole) contre l'Iraq qui se perpétue et l'intervention " humanitaire " dans les Balkans, les Etats-Unis bombardent Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde, afin d' "éradiquer le terrorisme dans le monde ".

 

 " Auto-défense ", " humanitarisme ", " civilisation occidentale ", " modèle démocratique " ou " croisade " sont ses alibis. Ils ne réussissent pas à cacher les objectifs fondamentaux: imposer une autorité stable, soumise à l'impérialisme, sur une région qui regorge de matières premières, de richesses, d'opportunités marchandes et d'investissements.  Tout semble donc permis pour assassiner des individus, terroriser la population, soumettre ou éliminer les gouvernements et mouvements indésirables.  

 

Nous condamnons sans ambiguïté l'attaque du 11 septembre, comme un acte de terrorisme massif contre la population civile. Le projet des organisations islamiques réactionnaires comme Al-Qaid est d'instaurer une société théocratique, totalitaire et rétrograde  Elles combattent, par le terrorisme, la mainmise des grands groupes étrangers sur les immenses richesses de la région.  Mais ils ne luttent pas pour la libération et le bonheur de leur peuples.

Cette condamnation doit être accompagnée d'une dénonciation des campagnes racistes et anti-islamiques.    

 

Cette nouvelle guerre impérialiste est le résultat direct de l'avènement d'un capitalisme global avec la multiplication de ses contradictions qui se libèrent et explosent.

Cette guerre brutale ne mènera pas à la paix dans la région. Au contraire, de l'Afghanistan livrée aux chefs de bande à la Palestine où le terrorisme de l'Etat israélien se donne libre cours, cette guerre ne peut mener qu'à d'autres guerres. C'est au peuple afghan de décider de sa destinée.

 

2. L'Union Européenne, qui est elle-même un des moteur de la globalisation, est pleinement complice des Etats-Unis. Après quelques réticences initiales, elle s'y est pleinement engagée avec ses propres objectifs de puissance impérialiste secondaire : s'afficher à côté des Etats-Unis, la seule superpuissance et donc en charge du nouvel ordre mondial ; tenir son rang au sein de la triade (USA, Japon, UE) ; élargir sa zone d'influence au service de ses entreprises multinationales en conquérant de nouveaux espaces pour commercer et investir ; participer à la distribution du butin de guerre.

Dans cette bataille,  l'UE essaye de se donner un profil plus " humanitaire " et " pacifique " et développer des positions politiques-diplomatiques autonomes. Elle joue sur  l'impopularité des Etats-Unis et son aventurisme guerrier (extension de la guerre vers l'Iraq, la Somalie, la Syrie, le Liban, voire la Palestine..., et de l'autre côté de l'Océan, en Colombie), mais aussi la peur de l'immigration " sauvage " venant de l'Est et un sentiment d'insécurité générale pour trouver une base populaire à l' " euro-militarisme ". Sans celle-ci, elle ne réussira pas à imposer les " sacrifices " au monde du travail pour payer le bras armé de l'UE dont ils rêvent.

Nous rejetons tout autant l'OTAN qu'une force armée européenne, sans oublier le militarisme dans chaque pays-membre qui en forme la base.

 

3. L'attentat terroriste du 11 septembre et la guerre impérialiste ont donné une forte impulsion à UE comme construction étatique. Malgré toutes les contradictions en son sein, il y a un vrai danger que l'UE se dote d'un outil supranational et de coordination au service des bourgeoisies européennes et leurs entreprises multinationales. 

En premier lieu, la cohésion entre les trois grands pays avance. L'Allemagne a brisé le tabou en engageant son armée pour la première fois depuis 1945 hors ses frontières pour participer à une guerre. Désormais, cela l'aidera à rejoindre, sans complexe  la France et la Grande Bretagne dans la mise en place d'une Force d'Intervention rapide. Blair, drapé dans le prestige du " chef de guerre ", est encouragé par le grand capital financier anglais et multinational pour conduire la Grande Bretagne dans l'union monétaire (euro, BCE,...). Avec le lancement  de l'euro comme monnaie concrète en 2OO2, l'UE franchira une nouvelle et importante étape. 

Dans la foulée, des obstacles insurmontables depuis des années, sont en train d'être débloqués : l'intégration de la police européenne (Europol) avec des prérogatives élargies, une force de police " des frontières ", un appareil judiciaire européen (parquet, mandat d'extradition, harmonisation des peines). L'Europe de la répression est en marche. Jamais le mensonge d'une Europe sociale n'a été aussi flagrant !    

 

4. Profitant de la guerre, UE vient de lancer la plus violente attaque contre les droits et libertés démocratiques en Europe depuis la seconde guerre mondiale. Sous le prétexte du terrorisme  on vise à empêcher toute forme d'action radicale des masses ouvrières et populaires, toute lutte sociale ou politique qui  vise à changer les structures économiques, sociales ou politiques de la société, même si cette action est entreprise par une majorité de la population .  Seraient  " terroristes " " ...des infractions ...commises intentionnellement par un individu ou un groupe contre un ou plusieurs pays, leurs institutions ou leurs populations et visant à les menacer et à porter gravement atteinte ou à détruire les structures politiques, économiques et sociales d'un pays .. ". Et un groupe terroriste étant " ....une association structurée de plus de deux personnes établie dans le temps et agissant de façon concertée en vue de commettre les infractions terroristes visées... ", tout parti politique, section syndicale, association antiraciste, groupe féministe peut tomber sous cette loi et un ou plusieurs de ses membres écoper de 2 à 20 ans de prison ! Il ne s'agit ni plus ni moins de décourager les gens à se défendre contre les méfaits de cette société et de mettre hors-la loi les organisations qui n'acceptent pas l'ordre capitaliste ou qui défendent le droit fondamental à l'autodétermination. Ce véritable état d'exception pèserait désormais comme l'épée de Damoclès sur les luttes, le mouvement ouvrier et social. Un gouvernement de la droite radicale trouvera à sa disposition l'outillage qu'un gouvernement " de gauche " n'aurait pas pu ou osé utiliser!

La guerre a crée une infranchissable barrière : une fois de plus la social-démocratie (appuyée par les Verts dans certains pays) a fait la sale besogne, notamment dans les trois pays-clé de l'UE : Jospin, Schröder, Blair !

 

5. Les classes dirigeantes, le grand capital financier-industriels sont parfaitement lucides que l'offensive tous azimut qu'ils viennent de lancer, rencontrera opposition et résistance.

L'état de guerre sur la planète sert à étouffer le mouvement contre la globalisation du capitalisme, de lui enlever son esprit offensif et de briser son impact sur le mouvement ouvrier et social dans son ensemble.

Les mobilisations sont relancées à Bruxelles : plus de 100.000 travailleurs, syndicalistes et jeunes ont fait face au Sommet de l'UE. 

Le deuxième Forum Social Mondial de Porto Alegre se présentera comme une plate-forme de masse pour approfondir la critique du capitalisme et de lancer une nouvelle vague de mobilisations et de lutte dans le monde.   

 

Sans renoncer à ses propres objectifs et ses propres formes d'organisation, le mouvement contre la globalisation devrait constituer un levier important pour soutenir le mouvement contre anti-guerre international, dès lors que l'impérialisme, et surtout le gouvernement américain, essaye d'imposer un état de siège mondialisé.

 

Dans la foulée de la récession qui s'annonce très grave, les classes capitalistes ont renforcé leur offensive anti-sociale depuis septembre, avec les centaines de milliers de licenciements, les attaques contre la sécurité sociale, la régression du niveau de vie, la privatisation des services publics, la flexibilité et le stress au travail qui tuent. Il s'agit bel et bien d'une " deuxième " guerre -sociale et économique - contre la classe salariale et ses organisations. Nous devons contribuer à une riposte puissante et unitaire, transformant la colère et le mécontentement dans la population en une lutte consciente contre les patrons et le capitalisme comme tel.        

   

Nous, partie prenante la gauche anticapitaliste européenne, nous puisons dans cette nouvelle offensive du grand capital la conviction que plus que jamais le capitalisme est une catastrophe qui engendre la guerre, l'insécurité, l'égoïsme, la misère et la barbarie. Pour gagner la paix, la sécurité, la solidarité, l'égalité, le bonheur, il faut empêcher le Grand Capital de nuire.

Il n'y a pas d'autre alternative qu'une société socialiste et démocratique, sans exploitation du travail et oppression des femmes, basé sur le développement durable- un socialisme par en bas, autogestionnaire ! 

===================================================================

(13.12.2001)